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Collectif de freelances écoresponsable à Marseille

Banques éthiques : où placer son argent pour un monde plus vert ?

Saviez-vous que notre premier poste d’émissions de CO2 dormait bien au chaud dans une banque ? L’impact du secteur bancaire est peu connu et pourtant il est primordial. En tant que freelance, se tourner vers une banque propre et adaptée aux besoins des pros, c’est possible et c’est un geste fort.
Embarquez avec nous, on vous guide entre les vagues à la recherche des banques éthiques !
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Selon l’ONG Oxfam, pionnière dans la surveillance de l’empreinte écologique et sociale des banques, « L’empreinte carbone des grandes banques françaises représente près de 8 fois les émissions de gaz à effet de serre de la France entière » Elle ajoute : « Si nous prenions en compte les émissions de gaz à effet de serre de notre compte bancaire, notre empreinte carbone serait deux fois plus élevée ! ».

Entre manque de transparence et greenwashing, difficile de reconnaitre les requins. Pour y voir plus clair, Le collectif s’est appuyé sur le travail de l’ONG pour faire le tour de la finance écoresponsable.

La Nef

Le navire amiral

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Son nom résonne dans le monde de l’ESS et tout le monde la connaît : la Nef est la seule vraie coopérative bancaire éthique. D’ailleurs selon les ONG c’est l’établissement bancaire le moins émetteur : la Nef émet 3 fois moins de carbone que la banque française la moins émettrice, selon Oxfam. Elle s’engage dans des secteurs dont l’impact est neutre, voire positif. Les énergies renouvelables et l’agriculture biologique par exemple. À Marseille, elle est installée à La Ruche, dans les mêmes locaux qu’Enercoop et d’autres acteurs de la transition.

Les placements sont tous solidaires et écoresponsables. Elle les affiche en toute transparence sur son site, où on peut trouver les chiffres et placements, les projets financés et les rapports annuels de la banque.

Alors qu’elle ne proposait qu’un livret d’épargne, la Nef se lance dans le compte professionnel ouvert aux autoentrepreneurs, associations et entreprises.

Problème : le compte courant Nef Pro ne propose aucun moyen de paiement physique (chèque, espèce, carte…). Et pour un freelance, ça complique le quotidien : si j’ai besoin d’acheter un ordinateur, ou d’inviter un client à prendre un café, je dois payer avec mon compte personnel et répercuter la dépense. Il coûte 12 € par mois sans frais caché, mais offre finalement très peu d’avantages à ce stade.

Le Crédit Coopératif

Les vieux loups de mer

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Le Crédit Coopératif est l’une des banques fondatrices de la Febea, ou Fédération européenne des banques éthiques et alternatives. Cette fédération, membre de l’Association internationale des investisseurs en économie sociale (INAISE) et de l’Association internationale des banques coopératives, a pour but de créer des outils pour favoriser l’émergence d’une finance responsable.

Fidèle à cette démarche, le Crédit Coopératif se présente comme une banque « éthique et solidaire », qui finance l’économie sociale et solidaire. Ses clients sont des sociétaires de la banque, et parmi les membres de son conseil d’administration, on retrouve des fédérations et mouvement de l’ESS. Par ailleurs, le Crédit Coopératif n’est impliqué dans aucune activité controversée identifiée par Fair Finance France.

Mais parfois, il y a un gouffre entre les intentions et la réalité : Le Crédit Coopératif détient des parts du groupe BPCE, l’une des 4 banques françaises les moins éthiques.

Si vous êtes en microentreprise, vous pouvez ouvrir un compte courant classique. Mais le compte pro développé par la banque est hors de portée pour un freelance : il vous en coutera environ 200 €/trimestre pour les frais de tenue de compte courant, l’abonnement à la banque en ligne et les divers frais de virement SEPA. Enfin, malgré le discours, le tissu associatif est peu valorisé : seules les associations dont le chiffre d’affaires est supérieur à 200 000€ sont épaulées par un conseiller, les autres devront se contenter d’un compte 100% en ligne.

 

Crédit Mutuel

Un équipage aux petits soins

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Crédit Mutuel est une banque mutualiste. Les clients sont sociétaires et à ce titre, la banque doit leur rendre des comptes lors d’Assemblées Générales. C’est aussi une banque régionale : chaque caisse est autonome et finance des projets en local. Bien sûr, ça n’induit pas seulement des prêts responsables : l’agence locale peut aussi bien financer un garage polluant ou un industriel peu scrupuleux.

De par son identité locale et mutualiste, Crédit Mutuel soigne aussi la relation client : l’aspect humain, le dialogue et la transparence sont valorisés. Fait rare dans le secteur : les conseillers ne sont pas payés à la commission – un plus non négligeable.

Officiellement devenue une banque à mission, Crédit Mutuel est aussi la seule banque française à publier l’intégralité de l’empreinte carbone de son portefeuille de crédits (voir page 23 et annexe 4 du rapport Oxfam France – octobre 2020), elle s’engage dans la sortie du charbon. Pour autant, elle reste l’une des banques qui, selon Oxfam, nous mènent vers un monde entre +3 et +4° (moins que les gros pollueurs, certes, mais encore trop). Elle continue de soutenir l’extraction de gaz et de pétrole et les ONG jugent insuffisants ses engagements en matière de flux de financement et investissements fossiles.

La Banque Postale

Premiers contre la marée noire

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En octobre dernier, La Banque Postale s’est engagée officiellement à arrêter tous investissements dans le pétrole et le gaz, d’ici à 2030. C’est, à ce jour, (et hormis celles qui ne financent que l’ESS), la seule des banques à le faire. Elle affirme suspendre « dès maintenant » ses services financiers dans le domaine. Après Crédit Mutuel, La Banque Postale est officiellement la deuxième « banque à mission » depuis le 1er mars.

Si elle fait figure de « bon moussaillon » sur le volet écologique, La Banque Postale n’a en revanche pas une très bonne image en ce qui concerne son management. Parmi les sujets de plaintes, on retrouve la dégradation des conditions de travail, des pressions constantes et un management par le chiffre. Quant à la gestion de compte au quotidien, La Banque Postale manque aujourd’hui cruellement de flexibilité et d’humain. Il y a des cases dans lesquelles il faut rentrer et (on le sait) pour un freelance, entrer dans les cases ce n’est pas toujours simple.

 

Hélios

Le moussaillon qui a le vent en poupe

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Hélios est une éco-banque qui s’est lancée en 2021. C’est une entreprise à mission, qui promet un audit annuel par un tiers indépendant sur le respect d’objectifs RSE, et un rapport de gestion, guidé par un comité consultatif composé de représentants des salariés, des clients, et de 4 experts de la finance et du climat. Pour ses services bancaires, elle s’appuie sur SolarisBank mais isole intégralement ses activités pour pouvoir tracer chaque euro.

À la manière de la Nef, Hélios n’effectue que des investissements écologiques et en faveur de projets de transition écologique. L’utilisateur dispose d’un tableau de bord sur l’application lui permettant de savoir ce que finance son argent ( à savoir : l’agriculture durable, la mobilité bas-carbone, l’efficacité énergétique…) et quels secteurs sont exclus (les énergies carbonées, l’élevage industriel, l’armement, le génie génétique…).

L’inscription est rapide et l’application est souple, tout est très simple, ce qui laisse à penser que l’application est peu énergivore. Le compte coute 6 € par mois et Hélios promet un conseiller dédié. Problème : il ne s’agit pas d’un compte pro ! C’est donc une bonne solution pour les autoentrepreneurs qui peuvent n’avoir qu’un compte courant, mais pour le moment, impossible pour les autres types d’entreprise ni les associations. C’est « en cours de développement », indique Hélios. D’ailleurs, beaucoup de choses sont « en cours » dans cette toute jeune néobanque : un IBAN français (il est allemand aujourd’hui), un livret d’épargne, une aide à la mobilité bancaire, un outil de gestion de budget… À suivre, donc.


BNP, Société Générale...

Ceux qui nagent en eaux troubles

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Dans le panier de crabes des banques pointées par Fair Finance France, on retrouve : Société Générale (par ailleurs fortement présente en Russie via l’une de ses filiales, Rostbank), BNP Paribas et Crédit Agricole, soit les plus grandes banques françaises.

Elles ont toutes augmenté leurs financements à des entreprises qui développent des projets d’énergie fossile, et nous emmènent, selon l’ONG Oxfam, à « un réchauffement de plus de 4 °C d’ici à 2100, soit 2,5 °C de plus que l’objectif fixé dans l’Accord de Paris ».

Les crédits aux entreprises dans le secteur du pétrole et du gaz des quatre plus grandes banques françaises – BNP Paribas, Crédit Agricole, Société Générale et BPCE – représentent plus de 40 % des émissions de crédits aux entreprises, auxquels s’ajoutent les secteurs des transports, de la construction ou de l’agriculture (données Carbon4 Finance).

Vous avez opté pour une néobanque, pas de risque ? Détrompez-vous, si elles disposent de l’agrément de la BCE leur permettant de disposer du titre d’établissement bancaire, elles sont adossées à de grandes banques, notamment pour sécuriser vos sous. Ainsi, Qonto est indépendante certes, mais adossée au Crédit Mutuel. D’autres sont rachetées, c’est le cas de Boursorama et Shine qui appartiennent à la Société Générale, ou Nickel, rachetée par la BNP.

 

À bord de L'écume de mai

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Pour y voir plus clair et comprendre concrètement quel est votre impact, en fonction de votre banque, Oxfam a imaginé un calculateur d’empreinte carbone.
Faites le test, il est révélateur : les résultats vont du simple au double !

Et nous, dans tout ça ? En faisant cette étude, nous nous sommes tou-te-s posé-e-s des questions dans le collectif. L’une des mousses a changé de banque pour Hélios, et la teste actuellement. À noter qu’il existe d’autres néobanques éthiques. On peut citer la française Green-Got, auquel il est possible de se préinscrire mais qui ne semble pas avoir encore ouvert ses services ; et OnlyOne, qui se présente comme « Le 1er compte à impact positif » mais qui fonctionne grâce au groupe Société Générale (via sa filiale Treezor).

Pour L’écume de mai, nous avons fait un autre choix. En croisant l’impact carbone, l’aspect humain et les besoins spécifiques de notre structure, nous avons finalement opté pour Crédit Mutuel. Et vous savez quoi ? L’ouverture en banque s’est ensuite fait très rapidement. Moralité : en matière de banque éthique, le plus dur en fait, c’est de choisir !